Le bassin méditerranéen est incontestablement la première région touristique du monde. Les documents montrent que le nombre d'arrivées de touristes internationaux y a connu une croissance spectaculaire, passant de 113 millions en 1990 à 400 millions en 2019, avant la pandémie. Bien qu'il y ait eu un fort ralentissement en 2020 (88 millions d'arrivées) et 2021 (135 millions), on estime les arrivées à environ 330 millions en 2023, signe d'une forte résilience.
Plusieurs facteurs expliquent cette position dominante. Le climat agréable, les nombreuses plages et un riche patrimoine culturel et naturel constituent des atouts majeurs. L'amélioration des transports (comme le développement du transport à bas coût) et l'essor des classes moyennes à l'échelle mondiale ont grandement favorisé ces déplacements. L'indice de développement du voyage et du tourisme (TTDI) confirme que des pays comme l'Espagne, la France et l'Italie offrent un environnement très favorable au tourisme, grâce à leurs infrastructures, leur patrimoine et leurs politiques. D'autres comme la Grèce, la Croatie ou la Turquie disposent également de conditions favorables. Le tourisme est ainsi devenu une pratique de masse.
Cette fréquentation massive a des impacts spatiaux variés sur les territoires littoraux. Sur le plan économique, le tourisme est un moteur très puissant. Pour certains pays, il représente une partit très importante de leur produit intérieur brut (PIB), parfois plus de 20 % comme en Grèce, en Croatie, au Monténégro ou en Albanie. Il crée des emplois et rapporte des devises essentielles. Cependant, cette forte dépendance rend aussi l'économie de ces pays vulnérable aux crises comme la pandémie de Covid-19. D'autres pays, à l'économie plus diversifiée comme la France ou l'Espagne, dépendent moins fortement du tourisme (entre 7 et 14 % du PIB), ce qui les rend moins fragiles. Enfin, dans certains pays comme l'Algérie, la part du tourisme reste très faible.
L'essor de ces mobilités n'est pas sans conséquences négatives, en particulier environnementales et sociales. La surfréquentation (ou hyperfréquentation) de certains sites naturels et côtiers constitue un problème majeur. L'exemple du Parc national des Calanques, près de Marseille, illustre parfaitement ce phénomène. Situé à proximité d'une grande métropole, le parc accueille environ 3 millions de visiteurs par an, avec des pics atteignant 3 500 visiteurs par jour dans certaines calanques. Cette concentration excessive entraîne la dégradation des milieux naturels due au piétinement des habitats fragiles. Elle diminue également la satisfaction des visiteurs et cause des difficultés pour les habitants locaux, notamment des embouteillages importants aux points d'accès. Des solutions, comme la mise en place de jauges et de systèmes de réservation, sont étudiées pour mieux gérer ces flux.
Au-delà de la fréquentation, la pollution environnementale est une conséquence directe des activités liées au tourisme de masse sur les côtes méditerranéennes. Le WWF alerte sur le rejet d'environ 600 000 tonnes de plastique chaque année dans la mer Méditerranée. Cette pollution provient en partie des activités côtières et touristiques, ainsi que d'une gestion des déchets parfois inefficace dans certains pays. En France, par exemple, environ 10 000 tonnes de plastique entrent en mer Méditerranée chaque année, avec 79 % liés aux activités côtières, y compris touristiques. Cette pollution affecte les écosystèmes marins et menace la survie des espèces. L'artificialisation du littoral, due à l'urbanisme et aux infrastructures touristiques, contribue également à la perte de biodiversité.
En conclusion, la Méditerranée est un pôle touristique mondial grâce à ses atouts et aux dynamiques des mobilités généralisées, représentant un atout économique majeur pour de nombreux pays. Cependant, cette fréquentation massive a des impacts considérables et souvent négatifs sur ses territoires littoraux, exacerbant la surfréquentation et la pollution environnementale. Cela pose la question cruciale d'une transition vers un tourisme plus durable pour concilier développement économique et préservation de cet espace fragile.
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